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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 07:00

Petite anecdote en lien avec l'exposition Manet du  Musée d'Orsay

 

Alors voilà. Un jour d'avril, j'arrive comme une fleur au musée d'Orsay, en pleine exposition Manet, avec l'intention d'aller voir Une ballade d'amour et de mort (expo sur les préraphaélites et la photographie). Il se trouve qu'en général, je ne paye pas l'entrée dans les musées nationaux (et donc pas l'entrée pour le musée d'Orsay), ainsi que dans la plupart des expositions (ce que j'apprécie fort, au demeurant). Mais je ne fais pas pour autant partie des personnes munies de billets coupe-file et autres laissez-passer. Donc se pose pour moi régulièrement la question, concernant les expositions en particulier, de savoir si je dois passer par les caisses ou non, si je dois prendre ma place dans telle file d'attente ou dans une autre. Par exemple, pour la rétrospective Odilon Redon au Grand Palais, l'agent d'accueil m'a aimablement laisser entrer avec les "coupe-file" (il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de monde, car c'était à l'ouverture) ; mais je me suis rendue compte, avec le recul et, surtout, forte de ma pénible expérience au Musée d'Orsay, qu'il m'avait fait une très gentille fleur.

Donc, pour aller voir Une ballade d'amour et de mort, et sachant que j'étais entrée récemment sans encombre (et, surtout, sans file d'attente) à la rétrospective sur Gérôme, je ne m'étais pas trop inquiétée. Ce qui est d'une naïveté incroyable de ma part : il était évident que l'exposition Manet allait générer beaucoup plus d'entrées, donc beaucoup plus d'attente. Mais j'étais – presque -persuadée (quelle idiote, quand j'y pense) que le musée d'Orsay était suffisamment bien organisé pour ne pas mélanger les personnes venues spécialement pour Manet et les autres – c'est-à-dire les gens venus voir l'expo sur les préraphaélites, celle sur Mahler, ou bien encore (après tout, pourquoi pas ?) les collections permanentes. Résultat : grosse grosse désillusion.

A 14h30 environ, il y avait une bonne file d'attente – ce qui était prévisible - pour accéder à la porte A (traduction : le porte pour le visiteur lambda). Cette porte donnant visiblement accès aux caisses, je me disais que, avec de la chance, je n'aurais pas à passer par là. Je vais donc m'enquérir de la démarche à suivre dans mon cas particulier auprès d'un agent d'accueil, qui, très aimablement, et ne sachant pas me répondre, me conseille d'aller poser ma question à son collègue officiant devant l'autre file d'attente (celle des "coupe-file" ; je ne sais pas si je suis bien claire), celle qui mène à la porte C (et qui permet de ne pas passer en caisse). Le personnage en question était beaucoup moins aimable… Je demande poliment si, étant donné mon cas, je dois attendre dans la file pour la porte A. Il réfléchit (ou fait semblant de réfléchir) quelques secondes, puis me répond : "Oui". Bon. Je lui demande s'il en est sûr (il avait l'air d'avoir répondu au hasard, en fait), en lui précisant que je n'ai pas besoin de passer en caisse. Là, il me répond : "La liste est là", en me désignant du menton un panneau indiquant quel genre de public avait le droit d'accéder à la porte C. Effectivement, je ne correspondais pas aux exigences indiquées sur ledit panneau.

Dépitée, je me retourne vers les vitres du musée, où je vois inscrit en gros "Bénéficiaires de la gratuité – Porte C". Ah ça mais ! Etant justement bénéficiaire de la gratuité, la logique voulait donc que je passe par la porte C. D'un autre côté, la liste inscrite sur le panneau indiquait bien que je ne pouvais pas accéder à la porte C. Que fallait-il en penser ? J'étais toute perplexité quand une nouvelle information vint parasiter encore davantage mon cerveau : c'était un panneau indiquant "Exposition Manet – Porte A". Bon, bon, bon. Est-ce que ça voulait dire que l'accès à la porte A n'était réservée qu'aux personnes venues voir l'exposition Manet et devant passer en caisse ? Et donc que les autres visiteurs pouvaient passer par la porte C ? Peut-être suis-je un peu lente d'esprit (à ma décharge, je précise qu'il faisait assez chaud, ce jour-là, et que la chaleur limite mes ressources cognitives), mais tout ça était tout de même de nature relativement contradictoire. Je vais donc m'assurer auprès de l'agent d'accueil de la file d'attente pour la porte C que l'accès à la porte A n'est pas réservée à l'exposition Manet - plus pour le côté intellectuel de la chose que dans l'espoir d'entrer avec les coupe-file. Là, il prend un air terriblement excédé, lève les yeux au ciel et grogne quelque chose du genre "Grmmmmbbbblgrmmmbbbbllllgrrrmmmbbbl", et qui voulait sans aucun doute dire "Fichez-moi la paix, espèce de folle". Bon.

Au point où j'en étais, j'avais encore moins envie d'attendre, sous le soleil cinglant, dans la file pour la porte A qu'au moment où j'étais arrivée. J'étais fatiguée. J'avais soif. J'en avais assez du musée d'Orsay avant même d'avoir passé la porte (oui, mais laquelle, au fait ?). J'allais repartir pour d'autres horizons quand j'ai avisé le premier agent d'accueil que j'avais rencontré – celui qui était aimable (ce qui n'est pas si courant à Orsay) – j'aurais dû le demander en mariage, cet homme est une perle, en fait. Je lui dis que j'ai bien compris que je dois passer par la porte A, mais que tout ça n'est pas très clair et que son collègue n'a pas vraiment pris la peine de m'expliquer le pourquoi du comment. Eh bien figurez-vous que pendant que je m'emmerdais avec le stupide agent de la porte C, celui de la porte A était allé se renseigner sur mon cas. Et m'a donc finalement expliqué, ainsi qu'à un étudiant à qui se posait le même problème qu'à moi  et qui venait de me rejoindre,  que le musée d'Orsay n'ayant pas prévu d'ouvrir une entrée spécifique en cas de grosse exposition (et donc de public beaucoup plus nombreux) , les visiteurs se divisaient en deux files : ceux qu'il a appelés les "passe-droit", et tous les autres, qu'ils soient venus pour l'exposition ou pas. C'est bien la preuve d'un grand sens de l'organisation de la part de la direction du musée, mais ce qui m'a exaspérée encore davantage, c'est que l'agent d'accueil de la porte C, à qui ça aurait pris trente secondes de m'expliquer ça, a préférer se montrer désagréable et grogner.

Bref, je suis finalement allée au Centre Pompidou, où je n'avais pas mis les pieds depuis… eh bien, disons, depuis un certain temps. Mais comme j'ai dû marcher sous la chaleur jusqu'à la station de métro Palais-Royal et que cet imbécile d'agent d'accueil m'avait énervée et fait perdre du temps, je suis arrivée d'assez mauvaise humeur (ce qui explique que j'étais dans un état d'esprit assez moyen à la rétrospective Othoniel : cf. Jean-Michel Othoniel - My way - Musée national d'art moderne, Paris (1) ). Mon lit, avec son côté conte de fée et retour à l'enfance, m'a quand même sortie de ma bouderie. Et Dieu merci, il y a quelque chose qui a un effet plutôt lénifiant sur l'esprit au Centre Pompidou : c'est Kandinsky. Vous pouvez vous asseoir sur un banc (certes, pas très confortable) devant Accent en rose et rêvasser tout à loisir (même si, c'est bien dommage, on ne peut pas s'affaler comme devant les Sabines de David au Louvre), ça vous remet des émotions – négatives – générées par Orsay et une partie de son personnel.

 

Kandinsky - Accent en rose

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commentaires

LILIRADAR 31/07/2011 18:28



Super ! J'ai adoré "Orsay m'a tuer" ! Bisous !



Stéphanie MAYADE 02/08/2011 23:59



C'est normal, c'est un bon article, je me faire rire moi-même (signe de léger narcissisme, éventuellement). Tiens, je pourrais faire une compilation des articles les
plus funs pour l'été...


Bises !



Richard LEJEUNE 26/06/2011 09:26



     Tranche de vie parisienne ...


 


     Je ne suis absolument pas certain que si ce billet d'humeur avait été écrit à chaud, tu y aies laissé "transpirer" ces quelques touches d'humour qui, indépendamment du
fait qu'il faille déplorer l'irrespect du grincheux agent, pourtant dit "d'accueil", lui donnent une tournure extrêmement agréable à lire.


 



Sushi 26/06/2011 11:11



En effet, écrit à chaud (et Dieu sait que le soleil tapait, ce jour-là), mon article aurait également ressemblé à un énorme "grrrrmmmmbbbbllll" ! On discerne
forcément mieux le comique de la situation avec du recul... D'ailleurs, en écrivant, je me disais : "Mais qu'est-ce que tu es bête d'avoir insisté comme ça, tu aurais dû laisser tomber tout de
suite". J'étais donc moi-même un élément consentant de cette scène absurde ! Et si c'est agréable à lire, (merci bien), je t'assure que c'était extrêment agréable à écrire - je me fais rire toute
seule en écrivant, ce qui fait de moi quelqu'un d'assez narcissique, en fait.



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