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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 07:02

 

Othoniel - My way

 


Difficile (voire périlleux) exercice pour moi que de commenter une exposition d'art contemporain. Mais bon, que je sois particulièrement inspirée aujourd'hui, ou particulièrement inconsciente (vous ferez votre choix), je me lance sur le travail de Jean-Michel Othoniel, en tentant un semblant d'argumentation. Sans quoi ça n'aurait pas vraiment d'intérêt (déjà que...). Je vais donc éviter de m'arrêter sur l'aspect esthétiques des choses, sous peine de vous ennuyer avec un "C'est très joli" concernant les oeuvres en verre de Murano et un silence dubitatif face aux oeuvres à base de soufre.

Rétrospective qui ne m'a pas convaincue plus que ça (ah ben oui, ça commence mal). Outre que je suis arrivée au Centre Pompidou d'une humeur massacrante - c'est peu de le dire - et donc guère propice à un état d'esprit ouvert et curieux, j'ai trouvé dans l'ensemble qu'on avait affaire à du déjà vu, tout au moins sur les thèmes énoncés par l'artiste, à savoir les matériaux voués au rebut qu'on réhabilite, le corps fragmenté, les blessures et les cicatrices, la question du genre (masculin/féminin), et j'en passe. Mais, vous savez comme moi qu'en art comme en littérature (qui est davantage ma partie), on utilise les mêmes thèmes encore et toujours depuis la nuit des temps, et que c'est le traitement du thème qui est susceptible de nous intéresser plus que le thème lui-même. Je vous parle cependant d'un artiste qui a dit : "La beauté n'existe pas sans sa part d'ombre. Si on veut parler du beau, il faut aussi parler du grotesque, des monstres, de la violence." Vous avouerez que, dans le genre poncif, ça se pose là... Et s'il faut absolument nommer un artiste qui aurait donné dans les grotesque, les monstres et la violence bien avant Othoniel, je dirais au hasard, voyons... mmhhh... Ben tiens, Goya (il me semble que ce n'est pas un mauvais exemple) ! De plus, j'avais vu l'expo Odilon Redon juste avant de me rendre à la rétrospective Othoniel (très mauvais timing, il faut bien le dire), qui donnait lui aussi pas mal dans le genre monstrueux. Bref, vous m'avez comprise.

La première partie de l'exposition concerne les "insuccès photographiques". Donc là, je vous propose carrément d'aller voir sur un autre blog si vous trouvez mieux, tellement ça m'est passé au-dessus de la tête (je vous ai déjà dit que je n'étais en forme en entrant dans l'expo. Mais l'aurais-je été que... Bref). J'aurais bien eu besoin d'un médiateur à ce moment-là (quoique... vous comprendrez  plus loin). Je vais donc vous citer le petit document d'aide à la visite, d'ailleurs plutôt bien fait (enfin là c'est un mauvais exemple) et carrément utile : "Photographies où les corps sont réduits à de simples halos bleutés, minuscules installations d'objets qu'on devine symboliques, variations de lumières et d'ombres autour de la question du dévoilement : la délicatesse des matériaux rappelle la fragilité de l'existence. [...] L'artiste, fasciné par l'inabouti, les images et les expérience ratées, ancre ses recherches dans l'informe et l'innommable". Mmmmhh, c'est tellement inattendu (je ne vois pas d'autre mot) que ça donne carrément envie d'aller voir la suite...

La suite, c'est donc le soufre, le corps fragmenté et la question du genre. Le document d'aide à la visite est très explicite en ce qui concerne le choix par Jean-Michel Othoniel du soufre comme matériau ; et comme je suis tombée sur un conférencier traitant justement le sujet du soufre chez Othoniel devant un groupe d'enfants âgés d'environ 8-10 ans, je me suis dit "Quelle chance, je vais écouter ce qu'il raconte, et vu l'âge des participants, son discours sera tout à fait adapté à mes besoins". Je vais donc reprendre à peu près mot pour mot ce qu'il a dit (rappelez-vous : public de 8-10 ans) : "Le soufre était autrefois utilisé en bas des maisons et des immeubles pour repousser les chiens. Utiliser ce matériau laissé en souffrance, ça faisait sens pour Jean-Michel Othoniel". Alors, peut-être ai-je été une enfant particulièrement attardée, mais j'avoue qu'à 10 ans, je ne connaissais pas le sens des expressions "en souffrance" et "faire sens". Ou peut-être les enfants d'aujourd'hui bénéficient-ils d'un vocabulaire particulièrement riche. Ou peut-être encore le conférencier s'adressait-il à des précoces... Toujours est-il que, si moi j'ai bien compris le sens de l'intervention, ça ne m'a rien appris, puisque j'avais lu la même chose sur le document écrit. Et en ce qui concerne le fond, le coup de donner une nouvelle vie et un nouveau sens à un matériau voué au rebut, comme je l'écrivais en début d'article, je trouve ça usé jusqu'à la corde. Même chose pour le corps fragmenté et l'érotisation de parties du corps non sexuées, qui consitue quand même un basique de la psychanalyse. Quant à la question du genre, le plus significatif est peut-être la sculpture d'un Hermaphrodite en soufre (je crois) et de couleur jaune (qui rappelle celui exposé au Louvre, d'ailleurs, par sa position), qui présente des coquilles d'escargots à la place des parties génitales et qui, selon Othoniel, "évoque une disparition plutôt qu'elle ne représente un corps". Mouais. Là non plus, rien de très neuf.

Jusque là, vous me direz que je ne me suis pas montrée des plus enthousiastes (ce qui n'est pas faux). Donc, je vais amorcer un léger tournant et me montrer très peu originale en avouant que, comme quasiment tout le monde, j'ai été beaucoup plus intéressée  et emballée par les installations en verre de Murano. D'une part parce que le côté esthétique de ces oeuvres-là est forcément plus alléchant pour le visiteur lambda, d'autre part parce qu'elles sont plus accessibles : elles sont explicitement issues d'un univers poétique lié à l'enfance et c'est là le genre de chose qui parle à tout le monde. Mon lit, pour prendre l'une des oeuvres les plus connues mais aussi la plus éloquente, représente un (très grand) lit de princesse entouré d'une sorte de toile végétale (fabriquée en métal, en fait, mais qui m'évoque un organisme végétal), dont on ne sait si elle est en train de se déchirer ou si, au contraire, est en pleine expansion et finira par emprisonner complètement le lit. Enfin, la démarche d'Othoniel qui consiste à demander aux artisans qui fabriquent les boules de verre de les blesser volontairement, c'est-à-dire de les rendre irrégulières, me semblait un peu plus intéressante que le reste. Je cite : "Le verrier m'avait expliqué que la chose la plus difficile était de ne pas laisser de trace dans la matière, si l'on blesse la boule quand elle est en fusion, cette blessure va toujours réapparaître. Cette idée me plaisait beaucoup : que malgré tout le travail d'embellissement, la blessure réapparaisse." Il m'a semblé que ce thème des  blessures qui répparaissent encore et toujours faisait particulièrement sens (argh, je parle comme un conférencier) dans une oeuvre qui s'intitule Les amants suspendus et où on peut voir justement les blessures anciennes de l'un et l'autre qui ressortent, mais aussi, peut-être, celles qu'ils s'infligent l'un à l'autre et  l'aspect "sur le fil" de l'amour et du couple (je ne sais pas si je me fais bien comprendre).

Je passe sur la dernière partie de l'exposition, consacrée plus ou moins aux modélisations mathématiques. Arrivée là, j'étais vraiment fatiguée et je ne m'y suis pas franchement intéressée. Je note tout de même que, dans cette exposition où les photos sont logiquement interdites, les gardiens sont extrêmement indulgents (d'ailleurs, à ce point, ce n'est même plus de l'indulgence) ; l'anti-musée d'Orsay, en somme !

 

 

Othoniel - Les amants suspendus (1)



Othoniel - Les amants suspendus (2)

 

 

 

Voir aussi les articles suivants :
Jean-Michel Othoniel - My way - Musée national d'art moderne, Paris (2) - Photos
Jean-Michel Othoniel - My way - Musée national d'art moderne, Paris (3) - Photos

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Published by Stéphanie MAYADE - dans Exposition
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commentaires

AD-Mary44 devenue 49 21/11/2011 14:46


Je ne lui pardonne pas d'avoir "déguiser" NOTRE station de métro !!!! oui, c'était notre rendez-vous "d'amoureux". Je pense qu'il faudrait que je m'intéresse, quand même, à son oeuvre. bien
amicalement

Stéphanie MAYADE 29/11/2011 19:57



Artiste très médiatisé que je n'apprécie pas plus que ça, comme tu l'auras remarqué.



LILIRADAR21 02/05/2011 12:45



Oui c'est vrai, "Orsay m'a tuer" c'est très bien (plus mieux quoi) ! Il faudrait que je lise jusqu'au bout en lieu et place de me jeter sur mon clavier ! Ah, l'enthousiasme de la jeunesse !!! lol



Sushi 04/05/2011 11:33



Oui, c'est bien mieux ; merci à Richard, qui veille sur ce blog tel un génie tutélaire



LILIRADAR21 02/05/2011 12:42



je m'attarde sur les commentaires (flatteurs et mérités ! Je valide !) que tu as reçus. C'est vrai que ton blog est passionnant, captivant. Bravo pour ton style, remarquable. Je suis dans
l'impatience de lire ton article "Le Musée d'Orsay m'a tuer"... J'ai beaucoup aimé ce lieu l'unique fois où j'y suis allée mais tu vas nous en dire plus !! ;-)



Sushi 04/05/2011 11:34



Je crains, malheureusement, de ne pas en dire beaucoup de bien (mon mécontentement ne concernant en rien les magnifiques collections du musée)



Richard LEJEUNE 30/04/2011 11:27



Ne soyez pas désolée ; et ne vous pressez surtout pas : carpe diem !



Richard LEJEUNE 30/04/2011 09:01



Je m'étais effectivement interrogé sur cette humeur mais n'avais point eu l'indélicatesse de vous en demander les motivations ...


 


Bien sûr qu'Omar m'a tuer était à l'époque venu jusqu'à nous : même si nous paraissons n'être que les cousins d'Outre-Quiévrain, même si Coluche - excellent au demeurant -
a brossé de nous un portrait peu flatteur, nous bénéficions des médias français, qu'ils soient écrits ou télévisuels : la presse n'a pas de frontière.


 


Si je puis me permettre une suggestion concernant votre titre : "Orsay m'a tuer" me paraîtrait plus directement évocateur - puisqu'en définitive c'est sur le parallélisme
des mots que vous escomptez jouer - que "Le Musée d'Orsay m'a tuer". Mais ce n'est qu'un simple avis personnel ... 


 


Me considéreriez-vous outrecuidant si je vous rappelais que vous m'aviez proposé, un jour, de m'envoyer quelques pages scannées d'un catalogue en votre possession ? 


 


Bon samedimanche à vous.


Richard



Sushi 30/04/2011 10:14



Maintenant vous savez que c'est grâce au musée d'Orsay que j'étais en si petite forme.


Je ne doute pas que vous soyez bien informés en Belgique, mais ç'est maintenant une vieille affaire et il m'était difficile de savoir si elle avait marqué les Belges
autant que les Français. Et vous avez raison, Orsay m'a tuer, c'est bien mieux.


Ah oui, je sais, j'ai complétement oublié les scans ! Je m'en occupe ce week-end (il faut que je le note). Je suis désolée !



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