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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 07:00

 

Kusama - Soul under the moon (01)

 

Je suis partagée entre plusieurs sentiments à propos de cette rétrospective de Yayoi Kusama au Centre Pompidou. Ai-je aimé, n'ai-je pas aimé ? A première vue, j'en suis plutôt revenue déçue et très agacée. Mais je suis bien consciente que c'est surtout le verbiage pompeux des textes concoctés par le musée qui m'ont prodigieusement énervée, au point de me gâcher l'exposition. Du coup, j'ai envisagé d'y retourner pour une seconde visite en faisant complètement abstraction des textes en question, mais, faute de temps, ça s'est révélé impossible. Je conserve donc de cette rétrospective une impression de doux-amer.

Ce qu'on peut relever à coup sûr, c'est que Yayoi Kusama a exploré beaucoup de facettes de l'art. Elle a commencé par une peinture de type surréaliste (assez influencée par Miro, d'ailleurs), elle s'est attaquée aux monochromes, elle a travaillé en séries, elle a utilisé des objets de rebus pour travailler la sculpture et - surtout - elle est allée plus loin que beaucoup d'artistes avec ses installations. Qui sont bien plus que des installations, en fait. Un des problèmes que j'ai rencontrés pour apprécier certaines de ses oeuvres, c'est mon manque de références en art contemporain ; je l'ai particulièrement et cruellement ressenti devant les monochromes. Etant incapable de resituer le travail de Kusama, ne connaissant quasiment rien aux artistes et aux oeuvres qui ont compté dans ce domaine, j'étais bien incapable de comprendre - et, pour le coup, d'apprécier - ce que je voyais. Quant aux séries d'objets domestiques hérissés de phallus, si j'en saisis (ou si je crois en saisir) la symbolique, leur vue m'a rappelé immanquablement (comme à tout le monde, je pense) Louise Bourgeois et laissé un léger goût de déjà-vu. Mais là encore, je n'aurais su préciser si Yayoi Kusama s'était montrée précurseur (existe-t-il un féminin à "précurseur" ?) en la matière. Je regrette que les commissaires d'exposition se soient montrés aussi soucieux de faire les malins avec leurs insupportables textes et n'aient pas privilégié une approche plus "pédagogique" de l'oeuvre d'une artiste qui, je pense, n'est pas connue du grand public (je me rends d'ailleurs compte que j'ai ressenti à peu près l'inverse à l'exposition sur Munch).

 

Kusama - Dots Obsession (01)



En revanche, je me suis indubitablement retrouvée sous l'emprise des "environnements". Ce que Yayoi Kusama appelle des environnements, ce sont (plus ou moins) des installations complètement immersives, des espaces où le visiteur entre et se fond complètement. Dans les environnements de Kusama, on devient une partie de l'oeuvre - et, en cela, son travail est non seulement novateur mais exceptionnel. S'il y a bien une chose qui m'a souvent semblé frustrante dans le rapport qu'on peut entretenir avec les oeuvres d'art, c'est l'impossiblité d'aller au-delà de la contemplation, voire de l'analyse : on est, la plupart du temps, confronté à une barrière qui nous relègue au statut de spectateur. Fluxus, entre autres, s'était heurté à cette limite et même  les installations n'ont pas aboli cette frontière, ou ne l'abolissent que rarement. J'avais beaucoup aimé l'installation After the dream de Chiharu Shiota, justement à cause de ce sentiment de pouvoir pénétrer dans l'univers onirique de l'artiste (univers qui devenait un peu le nôtre) qu'elle provoquait, mais  Kusama va plus loin. Ici, il est important de préciser que la légende veut que Yayoi Kusama, lorqu'elle était enfant, ait soudain vu, alors qu'elle était à table, les fleurs rouges de la nappe se multiplier sur le plafond, les murs, le sol, et, enfin, sur elle-même. Ses environnements en sont la prolongation ; la première oeuvre avec laquelle nous sommes d'ailleurs confrontés dans cette rétrospective est une résurgence directe de cette expérience infantile (si elle a bien eu lieu) : une salle à manger plongée dans la pénombre et recouverte de pois de couleurs. Deux autres environnements sont également présents, l'un qui nous plonge dans un univers complètement hallucinatoire, où notre reflet déformé nous est sans cesse renvoyé, l'autre qui nous précipite en plein cosmos. Malheureusement, le Centre Pompidou a réservé un sort assez funeste à ces environnements, qui apparaissent comme très étriqués - ce qui va complètement à l'encontre de ce que recherche Yayoi Kusama. Et voilà que je viens d'apprendre que j'aurais pu les découvrir dans des conditions bien meilleures, puisqu'en 2001, une exposition entièrement consacrée aux environnements de Yayoi Kusama a été présentée au Consortium. A Dijon. A 10 mn de chez moi. Stéphanie, pauvre idiote...

 

Kusama I m here but nothing (01)

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Published by Stéphanie MAYADE - dans Exposition
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commentaires

JA 05/02/2012 10:37


Bonjour


d'accord sur les textes, je l'avais signalé pour Munch et surtout la danse, un texte d'une redoutable incohérence et sans repère chronologique, j'envisage un courrier au directeur du Centre
Pompidou, l'art doit être accessible à tous, surtout qu'il existe bien souvent grace à nos impôts,


merci pour votre ressenti sur cette exposition


A bientôt


JA

Stéphanie MAYADE 20/02/2012 23:54



Les repères chronologiques étaient présents pour l'expo sur Munch, mais avant l'expo (on était censé tout lire pendant qu'on faisait la queue). Les textes ne m'avaient pas paru pompeux, en
revanche, mais je n'étais pas du tout d'accord avec l'orientation prise par le Centre Pompidou, qui présentait Munch comme un peintre moderne à force d'arguments poussifs ; personnellement, je
trouve sa période symboliste plus intéressante. Les textes sur Kusama étaient clairement imbuvables, certains de Paris-Delhi-Bombay également, quelques-uns sur Othoniel dans le même
style, je crains le pire pour l'expo Danser sa vie, que je n'ai pas encore vue. Alors que faire : lire à en attraper la nausée, ou ne pas lire et passer à côté de quelques infos
(parfois) essentielles ?



AD-Mary44 devenue 49 08/01/2012 20:36


J'ai très souvent eu la même impression que ce que tu as ressenti surtout en art contemporain et j'évite de lire leurs grandes tirades qui ne m'apportent rien. Je me fis à mon instinct et à mon
ressenti.


Merci pour tes explications très très intéressantes -


bien amicalement

Stéphanie MAYADE 21/02/2012 00:00



Il est vrai que je ne vois ça que dans les expos d'art contemporain : à croire qu'on cherche à dégoûter le public ! Je me passerais bien de lire les textes, mais j'ai toujours peur de passer à
côté d'une info qui m'aiderait à trouver les clés pour comprendre l'oeuvre : ici, c'était le cas pour les monochromes (bon, les textes ne m'ont rien apporté, mais je ne pouvais pas le deviner).
Les environnements de Kusama ne relèvent en revanche pas vraiment de la compréhensoin intellectuelle, on s'y immerge, ils se vivent : pas besoin de se prendre la tête, ils sont universels !



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