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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 07:00


Bocios (01)

Pour ceux qui penseraient que je suis toujours d'humeur grognon, voire cynique, voici un article qui vous prouvera qu'il m'arrive de me montrer enthousiaste.

L'exposition de la Fondation Cartier s'est consacrée aux origines du vaudou en présentant des bocios issus des pays de la "côte des esclaves" d'Afrique occidentale (Togo, Bénin, Nigeria). C'est d'ailleurs par le biais de la traite des esclaves que ce culte religieux, qui est également une tradition philosophique, s'est étendu aux XVIIème et XVIIIème siècles jusqu'à Haïti et au Brésil, notamment (pour ne citer que les plus célèbres exemples d'implantation géographique du vaudou).

Pour faire simple, les bocios sont des sculptures destinées à agir en tant qu''intermédiaires entre le monde visible et le monde spirituel et peuvent être utilisés dans une optique "négative" aussi bien que "positive" - il semblerait que le socle  de la statuette prenne alors une forme différente selon le but que l'on se propose d'atteindre. Ils peuvent donc être servir pour protéger une personne (par exemple pour la prémunir contre certaines maladies), aussi bien que pour nuire (exemple : pour imposer le silence à quelqu'un sur un sujet sensible). Sculptés dans le bois, les bocios sont composés d'éléments hétéroclites, parfois difficiles à identifier et dont certains apparaissent régulièrement : corde, bec de canard, cadenas, récipient, sang, etc. Un bocio ne peut être confectionné que par un devin, à la demande d'un commanditaire. Il doit ensuite être caché et recevoir des soins réguliers pour être en mesure de remplir sa fonction. A noter : lorsqu'un bocio "négatif" est commandé, le devin prévient la personne concernée par le rituel. C'est une démarche qui a en quelque sorte la fonction de terrifier l'individu en question, de le mettre en condition afin de faciliter le travail du bocio.

Bocios (03)

La particularité de cette exposition tient à son sujet : les rituels vaudous ne sont connus que des initiés et il est donc périlleux de donner une interprétation des bocios, d'autant que chaque élément utilisé est chargé d'ambivalence ; à première vue, on pourrait penser, par exemple, qu'un bocio qui représente un personnage ligoté se veut nuisible. Ce qui n'est pas forcément le cas, la corde pouvant avoir une portée symbolique négative aussi bien que protectrice. On ressort donc de la Fondation Cartier avec plus de questions qu'en y entrant, ce qui, à mon avis, représente la grande réussite de cette exposition. A approcher ces figures pommadées, soignées, mais aussi tordues, enchaînées, baillonnées, on ne fait qu'effleurer l'univers des bocios et le vaudou y gagne même en mystère : ce qui, personnellement, m'a très bien convenu.

La scénographie, par Enzo Mari, n'est pas d'une grande originalité, typiquement à la "Quai Branly" (couleurs sombres, lumières tamisées), mais ce choix d'un espace d'exposition obscur sert finalement bien le sujet. En revanche, je suis un peu plus sceptique par le parti-pris concernant la médiation. Rejetant les inévitables textes explicatifs placardés sur les murs, la Fondation Cartier a choisi de faire appel à des médiateurs (en fait, essentiellement des médiatrices) que le public est invité à consulter au hasard de ses découvertes. Peu réceptive à ce  concept au début, je me suis finalement prise au jeu - d'autant que j'ai fini par dégoter une médiatrice parfaitment adorable. En revanche, mes trois compagnons n'avaient, eux, aucune envie d'aller courir dans tous les sens pour poser des questions, comme d'ailleurs la majorité du public. Reste donc la consultation du document d'aide à la visite, qui, pour intéressant qu'il soit, demeure insuffisant et rend ladite visite un peu laborieuse. Probable que la Fondation Cartier, au public très branché, ait voulu instaurer une ambiance conviviale avec ce type de démarche. Pas sûr que le but ait été atteint, mais pour une fois qu'on demande aux visiteurs de participer un peu plus activement que d'habitude à une expo, je ne vais pas me plaindre ! Cela dit, il n'aurait sans doute pas été inutile de numéroter les bocios présentés en vitrines (d'autant qu'ils le sont sur le plan présent dans le document d'aide à la visite). Tout le monde - y compris les médiateurs - doit donc compter les vitrines pour repérer le numéro de celle concernée, puis se référer au plan avec les numéros, et enfin au texte correspondant dans le document. Procédé moyennement fonctionnel...

Bocios (02)

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Published by Stéphanie MAYADE - dans Exposition
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commentaires

Richard LEJEUNE 17/10/2011 08:14



Au fait : pour quelle raison est-ce seulement hier que m'arrive la notification d'un article daté de septembre ???



Stéphanie MAYADE 17/10/2011 12:58



Overblog n'y est pour rien, c'est moi. Je sais, c'est un peu n'importe quoi...



Richard LEJEUNE 17/10/2011 08:11



     Comme personnellement j'aime écouter et converser avec ceux qui m'apprennent quelque chose, je trouve le procédé d'aller vers l'Autre mis sur pied par les concepteurs de
l'exposition - si hardi qu'il puisse paraître - extrêmement intéressant.


 


     Comparaison a-t-elle été faite à un moment ou à un autre avec celles des statuettes égyptiennes
retrouvées dans certains temples représentant des ennemis étrangers, Nubiens ou Asiatiques, entravés, ligotés les bras dans le dos ; métaphores des forces du mal qui, selon  les textes
d'exécration que l'on a par ailleurs mis au jour, étaient destinées, sinon à éliminer ces indésirables, à tout le moins, à anéantir leur éventuelle puissance négative vis-à-vis des sujets de
Pharaon ?  



Stéphanie MAYADE 17/10/2011 12:57



C'est vrai que d'inciter les visiteurs à aller poser des questions est finalement plutôt une bonne chose - ainsi qu'une expérience agréable.


S'il a été question de l'Egypte, ce n'était pas à ce propos, mais plutôt sur la question des soins apportés au bocio une fois qu'il a été confectionné.



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