Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 07:00

 Monument a Gerome (01)

 

 

Ah mais oui, après tout le mal que j'ai écrit sur le Musée d'Orsay, je lui fais de la pub... Comme quoi je ne suis pas rancunière ! Il faut dire que cette exposition est une vraie réussite et, si vous en avez la possibilité, il est encore temps de vous y rendre. Et d'abord pour une excellente raison : la grande majorité des oeuvres de Gérôme se trouve habituellement aux Etats-Unis, dans des musées ou dans des collections privées, et vous n'êtes sans doute pas près de les revoir avant très très longtemps (pour ne pas dire jamais). Et ce serait trop bête de ne pas profiter de l'occasion de voir un tableau mythique comme Pollice verso, qui a marqué notre imaginaire collectif (j'y reviendrai dans un prochain article).

Voici donc une rétrospective qui s'est faite attendre, puisque la dernière en date avait eu lieu en 1904, l'année de la mort de Gérôme. Il faut dire que durant pratiquement tout ce temps, il a été consciencieusement ignoré, voire détesté ; et son aversion affichée pour les Impressionnistes n'y est pas pour rien. Presque toujours considéré comme un peintre académique (Mon Dieu quelle horreur, un peintre pompier !), il est pourtant loin de se résumer à cela, d'autant plus qu'il a aussi été sculpteur. Et novateur dans les deux domaines, malgré le fait qu'avec lui, on soit bien loin de la rupture qu'ont représenté Manet, Monet et consorts. Et pour cause (je l'ai dit, il ne prisait guère ces derniers). Mais s'il ne les a pas compris, l'inverse est également vrai.

En tant que peintre, Gérôme a effectivement toujours adopté une facture lisse, léchée (on pourrait dire impersonnelle), d'où le qualificatif d'académique qu'on rattache presque obligatoirement à ses toiles. Et pourtant... Certes, Gérôme se souciait d'avoir du succès, de plaire au public ; mais il est bon de préciser qu'il n'a pratiquement jamais reçu de commande d'Etat, d'où la nécessité de trouver d'autres acheteurs. Très ambitieux, il a très vite compris l'importance de diffuser le plus largement possible son oeuvre, notamment à travers la photographie, et a trouvé un appui de taille en la personne d'Adolphe Goupil (qui deviendra son beau-père), marchand d'art et éditeur de reproductions de ses tableaux. Et c'est là un des aspects novateurs de Gérôme, qu'on lui a d'ailleurs souvent reproché.

Il alliait aussi une grande maîtrise de la couleur à une grande précision des détails, en particulier les détails architecturaux  : les céramiques du Bain turc ou de Markos Botsaris sont un délice pour l'oeil, ainsi que les motifs du tapis et les coloris dans Le marchand de tapis. Gérôme choisissait  également de représenter des scènes qui avaient toute l'apparence de la vérité, mais qui, en fait, étaient des sortes de  collages, donnant à voir ainsi un Orient ou une Antiquité fantasmés, et donc en phase avec les attentes du public de l'époque. Bien entendu, il y a avait derrière tout cela, encore et toujours, la volonté d'avoir du succès. Mais ça n'en reste pas moins beau à regarder (et c'est aussi ce qu'on aime dans l'art, après tout). Et il est fascinant de constater à quel point certaines oeuvres de ce peintre qui a énormément utilisé la photographie, à la fois en tant qu'outil de documentation et de diffusion, donnent l'illusion d'être justement des clichés photographiques (je pense surtout au Barde noir).

Cependant, le grand talent de Gérôme, c'est certainement avant tout celui de la narration. En décidant de faire basculer la peinture d'histoire du côté de l'anecdote, mais, surtout, en choisissant de représenter des scènes où la tension est à son acmé, il a instauré une nouvelle dimension narrative dans la peinture. Il optait en effet souvent pour  l'illustration de "l'instant d'avant", comme dans
Dernières prières des martyrs chrétiens, Ave Caesar, morituri te salutant, Pollice verso, ou de "l'instant d'après", ce qui est le cas dans La mort de César, 7 décembre 1815, 9 heures du matin, Consummatum est, La rentrée des félins. Et c'est un procédé qui ne  peut qu'inciter le public à laisser aller son imagination et à combler les blancs de l'histoire, comme l'avait si bien remarqué Théophile Gautier en son temps. Tout ceci est par ailleurs encore renforcé par un cadrage ou un point de vue atypique, par exemple par le positionnement du spectateur au centre de la scène, ou l'utilisation de la contre-plongée.

Gérôme s'est également montré quelque peu novateur dans le choix de ses sujets, et notamment dans ses tableaux relatifs à l'Antiquité ; quand les artistes néoclassiques avaient choisi de puiser dans cette période ce qui représentait à leurs yeux un idéal (et ici, je vous renvoie forcément à l'exposition du Louvre, L'Antiquité rêvée), quand les artistes romantiques s'en étaient détournés (justement en réaction au néoclassicisme), quand l'intérêt de Manet et des Impressionnistes se portaient sur des sujets contemporains, Gérôme a, lui, opté pour un retour à l'Antiquité, mais avec un sujet encore jamais traité en peinture : les jeux du cirque. Devant un équipement de gladiateur dans un musée de Naples, il s'était d'ailleurs étonné que personne n'ait encore jamais songé à représenter un de ces combattants mythiques.

Enfin, Gérôme a aussi été (bien que sur le tard) sculpteur. Et non seulement il s'est attaqué à un procédé somme toute assez peu employé, et même décrié, la polychromie dite "artificielle" (où il s'agit de colorer le marbre à l'aide de cire), mais ce nouvel aspect de son art lui a également permis d'instaurer un dialogue constant entre peinture et sculpture. D'où certains de ses tableaux parmi les plus intéressants et originaux, représentant des scènes d'atelier, tels La fin de la séance ou Le travail du marbre, où revient en filigrane le thème de Pygmalion.

Pour finir ce long, très long article (en tout cas pour moi), il est à noter que deux hors-séries sont sortis sur cette exposition, l'un du magazine Connaissance des arts et l'autre de Dossier de l'art. Je préfère pour ma part le premier, le second comportant un ou deux articles assez répétitifs.

Partager cet article

Repost 0
Published by Stéphanie MAYADE - dans Exposition
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Musardises en dépit du bon sens
  • Musardises en dépit du bon sens
  • : Blog en vrac sur les arts plastiques (surtout), la littérature, les arts ludiques.
  • Contact

Recherche

Archives