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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 07:00

Aurais-je trop lu Chrétien de Troyes ou trop regardé Sacré Graal, Excalibur, Kaamelott ? Ce qui est certain, c'est que l'exposition du musée national du Moyen-âge n'a pas été, loin s'en faut, à la hauteur de mes fantasmes.

Un petit mot tout d'abord sur la scénographie, où, selon le commissaire de l'exposition, "les cimaises tranchent l'espace comme la lame d'une épée, créant des volumes aux angles acérés." Etant donné qu'il est nécessaire de posséder une imagination relativement fertile pour faire le rapprochement entre la scénographie simplissime de l'exposition et son objet, j'en déduis que le discours du commissaire ne peut qu'être destiné à rassurer l'équipe du musée et lui-même, ainsi qu'à justifier les frais causés par l'embauche d'un scénographe. En psychologie sociale, on appelle ce genre d'attitude "rationalisation des efforts fournis pour rien" (ah ah ah, depuis le temps que je cherchais à le replacer, celui-là, je ne suis pas peu fière de moi)…

Pour ce qui est du contenu lui-même, il y a en fait assez peu à en dire. A part regarder un certain nombre de vieilles épées rouillées et moches, voire inexistantes (parfois on ne nous en montre que de minuscules morceaux), on apprend très peu de choses, les textes et cartels se limitant (volontairement) au minimum. De la composition détaillée de l'objet, on ne nous dit quasiment rien et on se contente de nous indiquer que les académiciens, les saint-cyriens et les polytechniciens, en France, portent une épée (sans développement aucun sur la question) en guise de références à l'épée en tant que symbole. L'usage de l'objet n'est guère plus abordé, et j'aurais personnellement apprécié qu'une partie de l'exposition soit proprement consacrée aux clichés (par exemple, concernant le poids d'une épée médiévale) qui perdurent aujourd'hui.

Quant au mythe… Et bien, en gros, nous apprenons (parce qu'évidemment, nous n'en avions jamais entendu parler) que le roi Arthur et Roland étaient censés posséder des épées respectivement nommées Excalibur et Durandal. Fin de la partie de l'exposition consacrée à l'aspect mythique de l'épée. C'est d'autant plus dommage que les relations d'Arthur avec ses épées sont rien moins que compliquées dans la littérature, que le fait qu'Excalibur soit brisée et reforgée a une importance non négligeable dans la légende arthurienne, qui aurait gagné à être traité, d'autant plus qu'on en retrouve des traces jusque dans Le Seigneur des anneaux et Star Wars (je ne conçois d'ailleurs pas qu'on puisse présenter une exposition sur l'épée sans parler de Star Wars).

Quelques vidéos agrémentent l'exposition, comme des extraits des Vikings, et, inévitablement, de Sacré Graal ou de Kaamelott, fort sympathiques mais qui n'apportent strictement rien, ainsi qu'un film qui présente une reconstitution de combat en armure au XVème siècle, prouvant par là qu'on pouvait parfaitement se mouvoir dans cet accoutrement : de mon point de vue, cette dernière vidéo est ce que l'exposition propose de mieux.

En conclusion, une épée rouillée, ça n'est pas très passionnant à regarder, vingt épées rouillées d'affilée, c'est carrément pénible.

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Published by Stéphanie MAYADE - dans Exposition
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commentaires

liliradar 02/09/2011 14:05



Coucou... Dis, j'ai oublié ce qu'est exactement "la zone proximale de développement". C'est incroyable, je ne pourrais plus la définir. Rafraîchis moi donc la mémoire. Oui, l'exposition sur les
épées, à lire ce que tu en as retenu, m'aurait sûrement déçue. ;-) J'ai sous les yeux un ouvrage intéressant : "Emile Gallé, L'amour de la fleur, les écrits horticoles et botaniques du maître de
l'Art Nouveau". J'insiste avec mon Ecole de Nancy ;-)) Bisous de Marseille. Quelle chaleur ici ! ;-))



Stéphanie MAYADE 02/09/2011 23:27



Non, je ne te donnerai pas de définition de la zone proximale de développement. Il est tard et tu devrais avoir honte de me demander une chose pareille ! Est-ce que,
par hasard, tu ne relirais pas régulièrement tes cours de psychologie cognitive, d'analyse du travail, de pédagogie (et j'en passe) ? C'est proprement impensable...


 


Pour ce qui est de l'Ecole de Nancy... Bon, j'aime particulièrement l'Art Nouveau et j'adore Gallé, mais je ne sais pas trop comment m'y prendre pour écrire un
article sur lui (comme pour Lalique). Il me faudrait un point de départ... Bon, ça se fera sans doute un jour ou l'autre, d'abord parce que j'ai pas mal de photos du musée des arts décoratifs et
(ah ah) du musée d'Orsay (c'est pas beau, ça ?), ensuite par ce que je pense aller à Nancy dans quelque temps. Patience, ma chère !



LILIRADAR 31/08/2011 14:38



Dommage que cette exposition n'ait pas tenu la promesse qu'annonçait son thème. En escrimeuse de coeur, je confirme qu'il y a beaucoup à faire dire à ces épées. Toujours est-il que tu nous
apportes comme toujours un résumé captivant même brodé d'impressions mitigées ;-) PS : ah "la rationalisation des efforts fournis pour rien" !! Pas facile à caser pour sûr ;-) Bises phocéennes.



Stéphanie MAYADE 01/09/2011 18:33



Il me semble que tu as d'ailleurs côtoyé un spécialiste de l'histoire de l'escrime. Je pense que l'expo t'aurait effectivement déçue.


 


Mon prochain défi : placer dans un texte "zone proximale de développement" ;)



Louvre-passion 30/08/2011 21:53



Finalement je suis content de lire ton compte rendu, je me demandais si j'irais voir cette expo, je n'ai donc pas de regrets.
Je me replongerais donc dans un ouvrage qui me parle d'épées commme "Joyeuse" celle de Charlemagne, "Hauteclaire" d'Olivier ou "Balmung" de Siegfried. Ou bien j'ouvre "Le seigneur des anneaux"
pour que Tolkien me parle d' Anduril la flamme de l'ouest" l'épée d'Aragorn.



Stéphanie MAYADE 01/09/2011 18:30



Oui, soit tu en apprendras plus, soit tu rêveras davantage qu'avec cette expo !



Richard LEJEUNE 29/08/2011 09:25



Ton compte rendu - désabusé - ne correspond pas à ce que laissait entrevoir de l'exposition le communiqué publié par le Musée de Cluny. (http://www.musee-moyenage.fr/documents/CP_epee%20.pdf)


Ce qui prouve, une fois de plus, indépendamment de notre ressenti personnel à tous, fort souvent subjectif, que la publicité mensongère peut ausi s'immiscer dans le domaine de la culture.



Stéphanie MAYADE 01/09/2011 18:36



Je me suis justement interrogée sur le fossé qui sépare le communiqué (qui m'avait alléchée) et le contenu. Même si j'ai quelque peu exagéré, ma déception aidant (il
n'y a en effet pas que des vieilles épées rouillées), je pense rester objective en pointant le côté succint des informations.



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