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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 07:00

C'est en écoutant France Culture (mais oui, mais oui, j'écoute France Culture) et en réalisant qu'Eric Troncin, critique d'art, était aussi co-directeur du Consortium (centre d'art contemporain à Dijon) que je me suis souvenue de ce grand moment de ma vie. Fin 1994, j'ai participé à une espèce de happening (il me semble que c'est le terme le plus approprié pour qualifier la chose en question) au Consortium de Dijon. L'artiste qui devait présenter une installation, Philippe Parreno - il ne semble pas improbable qu'il vous soit totalement inconnu - avait choisi d'exposer les traces d'une fête. Bon, pourquoi pas, il n'y a pas de mauvais sujet et celui-là me semble pouvoir générer un certain nombre de réflexions ; on pourrait même facilement donner dans le glauque et le méditatif à partir de là.


Mais voilà, Philippe Parreno n'avait que cette seule et unique idée en tête : organiser une fête et donner à en voir, à partir du lendemain, les reliquats. Ca s'arrêtait tout simplement là. Comment allait-il s'y prendre ? Et bien, il ne le savait pas (ce qui prouve, à mon avis, qu'il n'y avait aucune réflexion de sa part sur le sujet). D'après Eric Troncy, qui n'était pas encore co-directeur du Consortium en 1994, voilà ce qui se serait passé : "Environ 400 personnes invitées lors de promenades dans la rue, de discussions occasionnelles, se sont confrontées à la proposition de diverses activités, énumérées dans Snow Dancing, un livre, à la fois scénario et commentaire de l’événement". Je suppose qu'Eric Troncy n'était pas présent pour le happening (à savoir : la fête en elle-même) et pas très au courant de sa préparation (ou alors c'est qu'il s'est montré d'une totale mauvaise foi dans son article). Parce qu'en réalité, Philippe Parreno a frappé à la porte de l'Ecole des Beaux-arts et des cours d'arts plastiques donnés par la municipalité ; c'est comme ça que je l'ai rencontré. Promenades dans la rue et discussions occasionnelles, tu parles ! Une fois que nous avons été gentiment assis en face de lui, il nous a exposé le concept de départ, qui tenait par conséquent en trois phrases (et encore) et nous a demandé de lui donner des idées. Donc, en gros, il était payé pour le travail fourni par des petites mains bénévoles. Pour ma part, je ne me suis pas sentie lésée, car je n'ai émis aucune idée à voix haute - ou à voix basse - en fait, pas une seule idée, intelligente ou pas, ne m'a alors traversé l'esprit - en cela, j'étais en parfaite synchronisation avec Philippe Parrreno.

 

Bon, il fallait tout de même un peu de monde à cette fête (en effet, nous n'étions pas nombreux à vouloir aider Philippe Parreno), donc on y a convié la quasi-totalité des étudiants dijonnais. Outre qu'il n'était déjà pas évident de faire tenir tout ce beau monde dans un lieu aussi petit que le Consortium, quelqu'un avait eu la brillante idée de rétrécir encore un peu plus l'espace, ce qui faisait ressembler l'entrée à une rame de métro à Paris un jour de grève. Et toute cette agitation pourquoi ? Pour marcher sur de la mousse à fleurs artificielles avec des chaussures qui comportaient des semelles à messages, se faire couper les cheveux (en fait, c'était pas des vrais cheveux, mais des perruques qu'on se  mettait sur la tête) et tout un tas d'activités passionnantes dans le même genre. Activités auxquelles, c'est bien connu,  chacun se livre dans des fêtes publiques ou privées (ben ouais, marcher sur de la mousse à fleurs artificielles, c'est carrément courant en soirée). Dans cet environnement quelque peu ingrat, ne voilà-t-il pas qu'une amie et moi décidons d'écrire un petit mot sur le mur, histoire de nous occuper et de laisser une trace un peu plus personnelle (enfin, on voulait juste écrire notre nom, rien de trop intellectuel). Ne voilà-t-il pas que le directeur du Consortium - Xavier Douroux, pour ne pas le nommer - nous tombe dessus en clamant  : " C'est interdit de faire ça ! ". Stupeur de notre part... C'est alors que nous avons compris que, s'il s'agissait pour nous de laisser des traces, il était nécessaire de se conformer à des règles extrêment strictes, qui interdisaient toute spontanéité et créativité (non pas que ce que nous allions écrire sur le mur s'apparentait particulièrement à de l'art, mais, pour le coup, ça ne pouvait pas être plus stérile que tout ce qui s'était fait dans la soirée). Depuis, j'ai un grand regret : ne pas avoir envoyé valser Xavier Douroux  (j'étais trop jeune pour oser). Par exemple, en lui rétorquant : " Et si vous aviez trouvé Basquiat en train de graffer, vous auriez appelé la police ? " (ah, ah, ça lui aurait certainement cloué le bec, à ce pédant ; sauf qu'à l'époque, je n'avais jamais entendu parler de Basquiat. Bon, c'est un détail). Ou alors, j'aurais pu me bourrer la gueule et vomir dans toutes les salles. Chiche que je le fais la prochaine fois que je mets les pieds au Consortium !

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commentaires

Richard LEJEUNE 29/11/2011 20:34


Intéressant, conclus-tu.


Je pense que ceux qui n'ont pas connu cette époque-là - ah ! les hommes et leur "guerre", comme dit mon épouse (qui elle n'avait que 10 ans en 68 !) -, ne peuvent absolument pas se rendre compte
de ce que fut l'événement.  


 


Evidemment je n'étais pas à Paris, en mai. Mais ici, en Belgique, nous suivions - enfin, certains suivaient - les événements au jour le jour : les envolées de Rudy le rouge (Cohn-Benditt).
Madeleine Renaud et Barrault à l'Odéon, L'oeuvre de Beckett, etc., etc. Je pestait de ne point être Parisien !


Et comme j'avais apparemment l'entregent qui convenait à ma Prof de Philo, j'avais été désigné volontaire pour haranguer les foules au grand amphi de l'U.Lg. et faire comprendre aux éventuels
endormis tout le bien-fondé de la révolte au Quartier latin.


 


Puis, les vacances arrivées, je n'eus qu'une idée en tête, descendre au Festival - qui, à l'époque durait tout juillet jusqu'à la mi-août - où s'écrivit (mais cela, on ne le sut qu'après) une
page essentielle de la culture d'une époque donnée. Le Living Theatre mis à part, j'y découvris Béjart qui avait quitté les terres françaises qui ne voulaient pas de lui et que la Belgique - pour
une fois culturellement intelligente - avait hébergé.


J'y découvris également des auteurs dramatiques, des poètes comme Nassim Hekmet ou  Maïakovski, en marge de la culture de nos pères ou la toute jeune et timide Isabelle Adjani, brillante
déjà, dans la cour du Palais des Papes ...


 


Ah, stéphanie ! Intéressant, as-tu écrit !


Tu ne peux même pas t'imaginer ...


 


Sur un tout autre plan, les maladies vénériennes avaient été éradiquées ; le sida n'existait pas encore et la pillule venait de faire son apparition ... 


Que vouloir de mieux quand on a 20 ans en 68 ??

Stéphanie MAYADE 29/11/2011 21:02



Ne me pose pas la question, je n'étais pas (encore) née !



Richard LEJEUNE 29/11/2011 19:23


Tu m'excuseras de penser, Stéphanie, que tu n'as pas connu là ce qu'après Mai 68 on appelait un happening !


A partir du moment, d'ailleurs, où il y a des barrières - ne pas inscrire ton nom sur un mur, par exemple -, cela ne peut plus s'appeler à mon sens un happening !


Sans vouloir la ramener sur mes années "Avignon"  - j'avais 20 ans en 68 ! -, j'ai participé là-bas à un happening initié par Julian Beck et le Living Theatre, soirée absolument mémorable et
folle où, à la fin du spectacle, tous les "acteurs" se retrouvaient entièrement nus et le public qui le désirait, également ...


 


Sans commentaires ...

Stéphanie MAYADE 29/11/2011 19:39



J'ai cependant une bonne idée de ce qu'ont pu être certains happenings (même si je n'existais qu'à l'état d'ovule et de spermatozoïde à l'époque)... Et c'est bien pour ça que j'ai trouvé si
ridicule ce soi-disant "happening" de Philippe Parreno ! Je pensais pourtant avoir été claire.

Alors comme ça, Richard, tu te promenais en tenue d'Adam au Living Theatre... Intéressant !



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