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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 18:39

 

Ligier Richier (Atelier de) - Ecorché (2) 

 

 

Malgré mes recherches, je n'ai appris que peu de choses sur cette sculpture quelque peu morbide. Le cartel la présente sous l'intitulé Ecorché, mais dans la documentation du Musée des Beaux-Arts, elle est le plus souvent intitulée Squelette debout. Il semblerait qu'elle provienne de l'Abbaye de Clairvaux, raison pour laquelle elle se trouve au Musée des Beaux-Arts de Dijon, mais je ne sais si cette origine est véritablement attestée ou  non. Quelques personnes se sont apparemment intéressés à cet Ecorché et ont sollicité, au fil du temps, le Musée pour obtenir des informations (sans grand résultat, semble-t-il). Comme elle, je mes pose certaines questions : quelle fonction pouvait avoir cette sculpture ? S'agissait-il d'un transi ? Sa ressemblance avec le Transi de René de Chalon de Ligier Richier pourrait le laisser penser, mais rien n'est moins sûr. Et à ce propos, cette ressemblance est-elle la seule raison pour laquelle on l'attribue à l'atelier de Ligier Richier, ou existe-t-il d'autres arguments en faveur de cette paternité ? Bref, autant de questions sans réponses...

 


Tout ce que je peux véritablement en dire tient en peu de choses. L'Ecorché de la Sainte-Chapelle représente, de façon extrêmement réaliste, un cadavre en putréfaction debout, presque à l'état de squelette, appuyé contre un écu à sa gauche et dans une attitude de supplication ou de prière : la tête est tournée vers le ciel, et le bras droit (manquant) s'élance dans la même direction (je trouve que bien que réduit à son strict minimum, le visage exprime une grande émotion). Elle est réalisée en pierre de Tonnerre et mesure 1,20 m de hauteur, donc de taille inférieure à la normale, contrairement au Transi de René de Chalon. Sur l'écu, on peut lire :


Je dors

en poudre et en ordure Au

[m]onde ne me querez plus

Ainsi fault humain

nature finet il est de

Dieu conclus

PUTREDINI DIXI PATER

MEUS ES MATER MEA

ET SOROR MEA

VERMIBUS


Le texte latin est tiré de Job 17,14 et signifie : J'ai dit à la putréfaction " Tu es mon père ", à la vermine " Tu es ma mère et ma sœur ". Le cartel rappelle la proximité de l'Ecorché avec le Transi de René de Chalon de Ligier Richier, auquel, je le disais plus haut, elle ressemble.

 


René de Chalon, Prince d'Orange, mourut en 1544 à l'âge de 25 ans. Trois ans plus tard, sa femme demanda au sculpteur Ligier Richier de le représenter, ce qu'il fit sous la forme d'un squelette debout (mais encore en putréfaction) tenant son coeur à la main. La sculpture, qui se trouve dans l'église de Bar-le-Duc, se rattache au genre des transis. En effet,  pendant le XVème et surtout le XVIème siècles, fleurit, essentiellement dans l'Est de la France et en Allemagne occidentale, un nouveau type de sculpture funéraire, remplaçant le gisant, et représentant le défunt sous la forme d'un cadavre en putréfaction et quasiment réduit à l'état de squelette, généralement étendu sur le dos (le Transi de René de Chalon fait exception à la règle). Conséquence d'une crise morale ­­- et donc volonté de se préparer au passage dans l'au-delà et  à méditer sur la vie et la mort, ce qui rapprocherait les transis du genre plus tardif de la vanité - ou véritable horreur de la mort ? Les théories diffèrent, mais reste que la peste et la Guerre de Cent Ans étaient passées par là, provoquant sans doute de nouveaux rapports à la mort.

 

 

On peut, à mon avis, également rapprocher cette oeuvre d'une autre, assez semblable, et datant de la même période : il s'agit de la sculpture appelée La " Mort Saint-Innocent " (du nom du cimetière où elle se trouvait originellement) et exposée au louvre dans la section des sculptures médiévales françaises. Si l'attitude de la Mort n'est pas la même que celle du Squelette debout, on observe que, comme lui, elle se présente sous la forme d'un corps décharné à l'extrême et qu'elle s'appuie sur un bouclier portant une incsription (toujours dans la même veine). Cette ressemblance entre les deux sculptures pourait laisser penser qu'elles occupaient les mêmes fonctions, le Squelette debout provenant en effet lui aussi d'un cimetière (ou plus précisément d'un charnier). Dans ce cas, celui-ci ne serait pas un transi, mais sa présence traduirait toujours un même état d'esprit vis-à-vis de la mort.  Cela dit, ce ne sont que pures spéculations de ma part... Malheureusement, dans le cas de La " Mort Saint-Innocent " comme dans celle du Squelette debout ou des Transis en général, la documentation se fait rare.

 

 

Voir aussi l'article suivant :

Atelier de Ligier Richier : Ecorché, ou Squelette debout - Musée des Beaux-Arts, Dijon (2)

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Published by Sushi - dans Sculpture
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