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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 07:00

EAJ mutualiste Les Roches Nolay - Sans titre

 

L'association "L'art pour le dire" est vouée à l'art dit "différencié", c'est-à-dire à la pratique artistique amateur de personnes en situation d'exclusion pour différentes raisons (handicap, hospitalisation, incarcération, placement en foyer, etc.) et encadrées par des animateurs dans le cadre d'ateliers. C'est dans ce cadre qu'elle présente l'exposition "D'une rencontre à l'autre" au Parc de la Colombière de Dijon. Je n'ai rien contre le principe, et je ne voudrais surtout pas diminuer le travail des auteurs. En revanche, je suis plus que sceptique sur la manière, c'est-à-dire sur la méthode employée par les animateurs – et, in fine, sur le but de l'association.

Première chose qui me gêne un peu : une thématique imposée, à savoir la chaise. Outre que le titre de l'exposition, "D'une rencontre à l'autre" ne rend pas tellement compte du choix de cette thématique - on aurait aussi bien pu l'intituler "Chaises" plutôt que de lui donner un titre avec un pseudo-sens à caractère social -, je vois mal l'intérêt de limiter l'expression des participants aux ateliers, déjà obligés de travailler sur un projet collectif, avec un thème imposé. Mais passons.



SMPR - Maison d'arrêt - CHS La Chartreuse - Dijon - La Bambauhaus


Seconde source de scepticisme : on a visiblement fortement incité les auteurs à infliger à leurs créations des phrases bien senties sur l'art, qu'il s'agisse de citations d'artistes à renommée mondiale tels Picasso (belle preuve d'originalité) ou Warhol (c'est déjà plus drôle), ou bien d'une prose plus personnelle (comme le déprimant mais ô combien parlant "L'art permet l'évasion…" devant un bambou qui a fini par mourir). Donc, en vrac, on a droit à des inscriptions telles que : "Art = émotion", "L'art c'est s'exprimer", "Il n'y a, en art, ni passé, ni futur..", etc., etc. A lire toutes ces phrases, je n'ai pu empêcher une vision désagréable de m'assaillir : celle d'animateurs ultra-motivés, poussant les participants de leurs ateliers à répondre à leurs questions pressantes : "Allez, dites-moi, c'est quoi l'art pour vous ? Ca signifie bien quelque chose, non ? A quoi ça vous sert ? Pourquoi vous venez aux ateliers ? Qu'est-ce qu'il a dit, Matisse ? Souvenez-vous, je vous ai lu des phrases de Matisse… Et Picasso, qu'est-ce qu'il a dit ? " (question à laquelle on a envie de répondre : "Picasso a dit beaucoup de choses, dont un certain nombre de conneries"). Dieu merci, le Pôle Enfance semble avoir échappé à ce carcan… Et j'ai tout de même noté un charmant "L'art c'est du cochon".



ESAT mutualiste Montbard - L'anaconda de l'enfer



CAJ COS Chenôve - La chaise de l'avenir



Troisième point, en relation avec le second : la référence quasi-obligée à des artistes ou mouvements artistiques (on pourrait parler d'une démarche anti-Dubuffet, en quelque sorte). Là encore, en vrac : Matisse (le grand gagnant), Warhol, le Land art (?), Dada, le Bauhaus, et j'en passe. Et là encore, vision désagréable d'un encadrement pesant poussant à la citation plastique non digérée. On trouve ainsi ce qui se présente comme un hommage très, mais vraiment très appuyé à Dada avec une réplique de la Roue de bicyclette de Duchamp, agrémentée de nombreuses citations de Dada, d'une reproduction de la Tête mécanique de Hausmann et d'un clavier d'ordinateur ; ou bien encore (et là nous atteignons le paroxysme de ce type de démarche), une chaise recouverte de cartes postales représentant des œuvres d'artistes connus (Dali, Kandinsky, Soulages, Pollock, Matisse, Giacometti, Munch, Klimt, etc.) et de citations écrites : on ne me fera pas croire que les auteurs de cette chaise avaient vraiment envie de faire ça.



Residence mutualiste R.Grandjean - Talant - Sans titre


Peut-être suis-je un peu négative. Peut-être qu'on me trouvera même mesquine avec les animateurs des ateliers. Mais, pour avoir travaillé, bien que brièvement, en tant que conseillère d'insertion professionnelle avec des travailleurs sociaux, j'ai le sentiment que quel que soit le projet des personnes en situation d'exclusion, professionnel ou créatif, on leur donne rarement le droit d'être force de proposition et qu'on s'attend forcément à ce qu'elles se coulent dans le moule et à ce qu'elles prennent la route qu'on leur indique (ben oui, comment pourraient-elles prétendre savoir mieux qu'un travailleur social ce qu'elles ont envie de faire ou ce qu'elles sont capables de faire ? ). Bref, il me semble deviner une sorte de condescendance de la sphère médico-sociale vis-à-vis d'un public qu'elle est censée aider à s'émanciper. Une belle preuve d'anti-pédagogie.



Foyer d'hébergement spécialisé Tonnerre - Sans titre (2)

Foyer d'hébergement spécialisé Tonnerre - Sans titre (1)

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Published by Stéphanie MAYADE - dans Exposition
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commentaires

cec 04/08/2011 07:51



...typique de cette folie monumentale qui consiste à oublier que la création est d'abord l'émanation singulière d'une individualité, avant que (ou au lieu ?) d'être une recherche de
correspondance avec les normes esthético socialo philosophico (etc.) d'une époque.


Quand ceci est le fait d'une personne qui se revendique artiste, c'est son affaire. Quand cela concerne un public (et ici, fragilisé, en plus !) c'est navrant de voir comment on peut passer à
côté de tout un pan du potentiel de la création.


Bravo pour le franc-parler.



Stéphanie MAYADE 04/08/2011 16:16



Nous sommes bien d'accord. C'est une démarche aux antipodes de ce que peuvent faire des associations comme Itinéraires singuliers, par exemple.



JA 26/06/2011 09:37



Bonjour, vous êtes bien sévère, moi qui cotoie aussi des personnes en difficulté je pense qu'ils sont tout de même contents de ce qu'ils font et


puis ces chaises à y regarder de plus près elles ont une certaine allure


d'autre part on ne laisse pas forcèment un commentaire sur vos articles mais cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas interessants.....


 


A bientôt


JA



Sushi 26/06/2011 11:01



Mais je ne demande pas à ce que les gens laissent des commentaires ; c'est juste que les gens qui sont venus depuis Facebook sur l'article Othoniel n'ayant pas
laissé de commentaires, je ne peux pas savoir qui leur a fait connaître le blog (et ça pique ma curiosité), ni ce qu'ils en ont pensé ; c'était un article un peu particulier pour moi, je ne
maîtrise pas trop le sujet (non pas que je maîtrise spécialement les autres sujets, d'ailleurs ).


 


 


Pour ce qui est de ma sévérité, nous dirons que nous ne partageons pas le même point de vue ; il faut bien que ça arrive ! Pardon pour mon manque de diplomatie, si c'est ce qui vous dérange, mais
sur le fond, je reste sur mes positions (mûrement réfléchies et nourries de mon expérience professionnelle).


 


J'espère que ceci n'altérera pas nos relations de blogueuses !



Richard LEJEUNE 25/06/2011 15:57



     Permettez-moi de simplement noter, Sushi ou Stéphanie selon ce que vous désirez, que les gens de ma génération sont encore respectueux d'un certain code de conduite :
ainsi, de la même manière qu'un homme ne peut tendre la main à une dame que si c'est elle qui vers lui fait ce geste en premier, j'estime que je ne tutoie ni n'appelle par leur prénom (ou surnom)
que celles qui m'y invitent.


 


     Dès lors, ce sera avec plaisir et néanmoins respect qu'à l'avenir nous agirons tous deux de la sorte.



Sushi 25/06/2011 17:18



Bien bien. Stéphanie, ce sera très bien pour moi.



Richard LEJEUNE 25/06/2011 10:55



A dire vrai, Madame, je n'ai pas à réagir : votre réponse à mon commentaire, comme votre texte d'ailleurs, est très clairement exprimée : il s'agit bien de votre ressenti et là, je ne puis
qu'entériner, n'ayant pas eu l'heur de visiter cette exposition, votre façon de la juger ... 


 


J'ai écrit, dès le départ, je le rappelle, être en accord avec vous ... sauf sur l'emploi d'un seul terme ...



Sushi 25/06/2011 12:27



Eh bien, considérons ensemble que j'ai montré un peu trop de fougue en employant le terme "condescendance".


 


Oh, et ne m'appelez plus "Madame", s'il-vous-plaît !



Louvre-passion 24/06/2011 18:48



Ce que j'ai apprécié dans votre article c'est qu'il prend un peu à contre pied les poncifs dont on nous abreuve. J'étais content de lire cette critique qui s'en prend à certaines "vaches sacrées"
de notre époque.



 



Sushi 25/06/2011 12:26



Je suis heureuse qu'elle ait plu ; il est vrai que les comportements d'une partie des travailleurs sociaux m'exaspèrent et que je trouve qu'il serait temps de
réfléchir un peu sur les démarches adoptées pour accompagner les personnes en situation d'exclusion... et les aider à en sortir. J'ai parfois l'impression qu'être travailleur social donne
automatiquement droit à une auréole (et je connais des gens qui pensent effectivement y avoir droit d'office), ce qui m'agace énormément, vous l'aurez tous compris. Mais bien entendu, je ne mets
pas tous les travailleurs sociaux dans le même panier.


 


Ah oui, et on peut se tutoyer (enfin, en ce qui me concerne).


 


Ah, et puis Vincent (c'est bien ton prénom ?), je te dois des excuses. Je suis allée sur Louvre-Passion récemment, J'ai lu ton article sur Monumenta et je l'ai vraiment apprécié. Je vais
déposer un commentaire dans les prochains jours.



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